Jules Verne Forum

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Verne dé-brouillard (in Nouvel Observateur 20 XII 2007)

From: Eric Angelini <Eric.Angelini~at~kntv.be>
Date: Sat, 22 Dec 2007 10:18:43 +0100
To: "Jules Verne Forum" <jvf~at~gilead.org.il>


Raconte-moi une histoire... par Michel Tournier
L'auteur de «Vendredi» s'est toujours passionné pour la philosophie, la littérature et les contes. Lecteur ardent, il parle des livres qui l'ont marqué et des grands romanciers du XIXe siècle
 
(...)
N. O. - Dans vos «Vertes Lectures», vous célébrez Jules Verne...
M. Tournier. - Je vous arrête. Je suis aujourd'hui, comme par hasard, plongé dans «le Tour du monde en quatre-vingts jours». Ce livre fait jouer l'opposition entre les deux sens du temps : le temps de l'horloge - quatre-vingts jours, pas une minute de plus - et le temps qu'il fait, la météorologie, parce qu'il ne faut pas qu'il y ait tout le temps des tempêtes et du brouillard si on veut faire le tour du monde en quatre-vingts jours. J'ai noté que cette identité du mot «temps», qui veut dire météorologie et temporalité, n'existe pas en anglais (weather, time) ni en allemand (Wetter, Zeit). Ce sont les Français qui mélangent les deux. Il y a une trouvaille extraordinaire dans «le Tour du monde en quatre-vingts jours», c'est le nom du héros : Phileas Fogg - le brouillard en anglais. Comment peut-il s'appeler «Brouillard», ce monsieur qui ne vit que par sa montre et qui veut faire le tour du monde en quatre-vingts jours contre vents et marées ? Alors, l'idée que je me suis mise en tête, c'est que son valet Passepartout, qui le sort de toutes les situations, est un «dé-brouillard». Et je suis en train de relire le roman pour y dénicher le mot «débrouillard». Comme pour m'exaspérer, je plonge dans le grand dictionnaire de la langue française en sept volumes, et je cherche «débrouillard». Il y a la définition du mot et deux citations littéraires. Seulement deux ! Dont une de Jules Verne dans «l'Ile mystérieuse» ! Quel écrivain ! C'est absolument fabuleux de force, de drôlerie, d'humour.
 
(...)
N. O. - Votre livre fétiche, est-ce toujours «le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson» de Selma Lagerlöf ?
M. Tournier. - Bien sûr. Laissez-moi d'abord faire une distinction à laquelle je tiens beaucoup. Une distinction littéraire fondamentale : les écrivains inspirés par l'histoire et ceux inspirés par la géographie. Cela remonte très loin, jusqu'à Homère, écrivain double puisque «l'Iliade» est une légende historique alors que «l'Odyssée» est une épopée géographique. Il serait facile de poursuivre l'opposition jusqu'à Alexandre Dumas par exemple et Jules Verne. Dumas, c'est l'histoire, Verne, c'est la géographie. Il y a quand même un peu d'histoire dans Jules Verne, il ne faut pas exagérer, mais enfin c'est la découverte du monde, la beauté du paysage, la beauté d'un bateau à voiles poussé par le vent vers l'horizon, l'exaltation du voyage. Alors que «Nils Holgersson», c'est le type même du livre géographique, puisque le petit héros monte sur le dos d'une oie et découvre la Suède et la Norvège - à l'époque un seul pays - à vol d'oiseau, c'est le cas de le dire. C'est exaltant. Je pourrais vous montrer mon exemplaire que j'ai reçu quand j'avais 9 ans. Ce livre fétiche ne m'a jamais quitté. Il a traversé déménagements, pillages et bombardements de la guerre, cambriolages et incendies de la paix. Mon père me l'avait offert. C'est le numéro un de ma bibliothèque. Par lui, je suis entré en littérature.
 (...)
 
Best,
E.
http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p20071220/articles/a363089-.html
 
 



Received on Sun 23 Dec 2007 - 19:27:10 IST

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$Date: 2009/02/01 22:36:11 $$