Bonjour à tous,
j'apprends ce matin la disparition, à l'âge de 76 ans, de Francis Lacassin, quelques mois à peine aprés celle de l'éditeur Christian Bourgois dont
il avait été des décennies durant l'un des plus sûrs conseillers. Francis Lacassin, homme d'une grande affabilité et d'une excessive modestie,
aura été dans l'édition française l'homme des paralittératures et des littératures du grand large. Conseiller littéraire aux éditions Robert Laffont
dans la collection Bouquins et chez Christian Bourgois dans la collection 10/18, il a su conférer à ces deux collections leurs lettres de noblesse
en y éditant ou rééditant Stevenson, Jack London, Gaston Leroux, Gustave Le Rouge, Henry Rider Haggard, les romans gothiques et bien
d'autres encore. On lui doit un bel essai sur le mythe de Tarzan (en 10/18), et puis en Bouquins l'édition intégrale en trois volumes de la
traduction française des oeuvres de Lovecraft et, dirais-je surtout ?, une irremplaçable intégrale en six volumes de l'oeuvre de Jack London,
écrivain avec lequel il ressentait beaucoup d'affinités (il a d'ailleurs publié chez Christian Bourgois une fort belle biographie de cet auteur, bien
supérieure à beaucoup d'hagiographies anglo-saxonnes qui reculent avec une épouvante vertueuse devant l'évidence, à savoir que London, en
1916, s'est bel et bien suicidé. Passons).
Les verniens, quant à eux, lui doivent la publication, à l'occasion du cent-cinquantenaire de 1978, d'une très heureuse collection de textes de
derrière les fagots que le Livre de Poche n'avait pas jugé utile de rééditer, collection parue en 10/18 et toujours très recherchée par les
collectionneurs, qui mettait à la disponibilité du public des oeuvres comme P'tit Bonhomme, L'Invasion de la mer, César Cascabel ou L'Île à
hélice (entre autres), accompagnés chaque fois d'une notice de Francis Lacassin qui montre dans chaque cas une parfaite connaissance (dans la
même ligne que celle de Jean Chesneaux) des spécificités et des zones d'ombre de l'oeuvre vernienne. Ajoutons qu'à l'instar de Jean Chesneaux,
la sympathie que Francis Lacassin manifestait à l'égard de la personnalité de Verne tranchait fort heureusement sur telle ou telle des entreprises
crapuleuse de calomnie à l'égard de notre cher Jules, que des éditeurs avait bruyamment et complaisamment publiées à l'époque.
Il nous reste à espérer que la collection Bouquins aura à coeur de rééditer les divers volumes, épuisés pour la plupart, que Francis Lacassin avait
multipliés avec autant de compétence que de passion, du temps de Guy Schoeller, fondateur de la dite collection. On n'a guère fait mieux
depuis. JPPICOT
Received on Thu 14 Aug 2008 - 23:03:28 IDT